La Madeleine proclamée chef d'œuvre du patrimoine immatériel de la Communauté française

Ce mercredi 12 mai 2004, une délégation composée de membres des Amis de la Madeleine, du Comité des fêtes et de l'État-Major, ainsi que de représentants de différentes sociétés, s'est rendu à l'hôtel de ville de Mons où le ministre de la Culture de la Communauté française devait solennellement proclamer les premiers chefs d'œuvre du patrimoine immatériel de la Communauté française. Elle était emmenée par les échevins Gérard Monseux, Christian Renard et Évelyne Druart, en l'absence du bourgmestre retenu par d'autres obligations.
La délégation du Tour de la Madeleine devant l'Hôtel de ville de Mons
Ce fut une bien belle cérémonie, et le magnifique salon gothique de l'hôtel de Ville était presque trop petit pour accueillir marcheurs de l'Entre-Sambre-et-Meuse, échasseurs namurois, arbalétriers visétois, porteurs du Meyboom et du géant d'Ath, et acteurs de la Procession de Mons.
On sait que la Communauté française fut l'une des premières à légiférer en matière de protection de patrimoine immatériel, par un décret voté le 3 juillet 2002. Un arrêté d'application du 17 juillet 2003 délègue au ministre de la Culture la possibilité d'octroyer ce titre, après avis du Conseil supérieur d'ethnologie, de folklore et des arts et traditions populaires. S'appuyant sur des critères très stricts d'ancienneté et d'authenticité définis dès 1989, le Conseil a proposé au ministre de reconnaître d'emblée quinze manifestations exemplaires: le carnaval de Binche, le carnaval de Malmedy ( Cwârmè ), la marche Saint-Feuillen de Fosse-la-Ville, la marche Sainte-Rolende de Gerpinnes, la marche Saint-Roch de Ham-sur-Heure, le tour de la Madeleine à Jumet-Heigne, la marche Saint-Roch de Thuin, la marche Notre-Dame de Walcourt, la ducasse d'Ath, la ducasse de Mons, le Meyboom de Bruxelles, le tour Sainte-Gertrude à Nivelles, les Échasseurs namurois, la société royale Moncrabeau de Namur et la Société royale des arbalétriers visétois.
Les échevins présents, Évelyne Druart, Christian Renard et Gérard Monseux, ainsi que l'échevin honoraire Gustave Deboux et l'ancien bourgmestre de Jumet Jean Deterville ont témoigné de l'attachement de la Ville de Charleroi à son folklore

Ci-dessous:
La tribune d'honneur. De gauche à droite: Jean-Pierre Ducastelle, Christian Dupont, ministre de la Culture de la Communauté française, Élio Di Rupo, bourgmestre de la Ville de Mons, et Pierre-Jean Foulon.

«Notre fil conducteur a été de ne retenir que des manifestations auxquelles rien ne peut être reproché du point de vue du respect de la tradition. Ce sont donc des événements intergénérationnels, bénéficiant d'un recul d'au moins deux à trois siècles, mais qui continuent à vivre », souligne Jean-Pierre Ducastelle, président du Conseil. Ce premier recensement est évidemment loin d'être exhaustif, et d'autres proclamations devraient suivre dans les prochains mois: nous serons notamment attentifs à ces deux autres manifestations traditionnelles situées sur le territoire de la Ville de Charleroi que sont le tour Saint-Jean de Gosselies et les Climbias de Lodelinsart.

Gérard Monseux, représentant le bourgmestre Jacques Van Gompel, reçoit le parchemin
Une vue d'ensemble du salon gothique
Nous reproduisons ci-après le discours du ministre Christian Dupont, dont on sait qu'il est fermement attaché à notre folklore: la têre al danse se trouve dans l'entité de Pont-à-Celles dont il est bourgmestre en titre.

Madame et Messieurs les Bourgmestres,
Mesdames et Messieurs les Échevins,
Mesdames et Messieurs,  

Comme ministre de la Culture, je suis particulièrement heureux de présider cette cérémonie qui va proclamer les premiers Chefs-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Communauté française.
Heureux, à plusieurs titres: d'abord parce que ce que nous proclamons aujourd'hui participe d'une certaine conception de la Culture. La Culture, ce n'est pas que des oeuvres littéraires, picturales, musicales ou encore architecturales, qu'elles soient historiques ou contemporaines.
La Culture, c'est ce qui façonne notre identité à la fois singulière et universelle. Notre langue, nos langues régionales, nos codes vestimentaires, notre façon de nous nourrir ou encore de nous aimer, bref tout ce qui sous-tend notre manière de vivre ensemble participe de la Culture.
Dans le même sens, la Culture n'est pas l'œuvre d'individus isolés et plus ou moins éclairés. La Culture, c'est évidemment les artistes qui ouvrent nos imaginaires, mais c'est aussi le peuple qui s'exprime dans des traditions, des rites, des pratiques païennes et religieuses et qui, au fil des siècles, a inventé son folklore.
Et la Culture, c'est aussi le sentiment d'appartenance à une région, à une communauté. Ce sentiment d'appartenance fonde pour une bonne part notre identité. Non pas une identité frileuse et repliée sur elle-même, mais une identité ouverte ancrée dans le local et qui tend à l'universel.

 

Le parchemin proclamant la Madeleine chef d'oeuvre du patrimoine de la Communauté française

Les Chefs-d'œuvre que nous proclamons aujourd'hui ont une autre caractéristique importante: ils mobilisent des dizaines de milliers d'hommes et de femmes qui, chaque année, ne rateraient pour rien au monde le rassemblement. Cette mobilisation qui transcende les classes sociales, les croyances philosophiques et religieuses, les engagements politiques et sociaux, ne trouve son sens que dans la ferveur populaire et notre amour inconditionnel de la fête.

C'est pour toutes ces raisons que j'ai décidé, sur proposition du Conseil d'ethnologie et de folklore, de proclamer officiellement les quinze premiers Chefs-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Communauté française. 

Comme vous le savez, j'ai aussi pris l'initiative de présenter la candidature de trois d'entre eux pour leur reconnaissance internationale par l'UNESCO. Après la reconnaissance de Binche, cette nouvelle candidature internationale aura la caractéristique d'être déposée conjointement avec des partenaires flamands, français, et espagnols.

Mesdames, Messieurs,

Les cultures traditionnelles et populaires doivent être protégées. Elles sont menacées entre autres par l'uniformisation culturelle, l'exploitation touristique inadaptée, l'industrialisation, la dégradation de l'environnement.

Il est donc important de reconnaître pleinement leur rôle et d'agir pour les protéger des menaces dont elles sont l'objet.

Le patrimoine immatériel est, par définition, vivant. Il bouge, se modifie et s'enrichit par l'action d'acteurs-créateurs contemporains qui ainsi se l'approprient.

Il faut lui donner le possibilité d évoluer librement et de pouvoir se transformer.

La nouvelle législation de la Communauté française relative au patrimoine culturel constitue une stratégie de sauvegarde originale qui ne sclérose pas la tradition.

Elle vise les savoir-faire, les traditions orales, comme les chansons, les contes et légendes, les traditions culinaires, les croyances, les traditions liées à la fête, les traditions médicinales, vestimentaires, ou encore la musique, la littérature, les langues régionales, etc.

Un des facteurs de sensibilisation du grand public à l'importance de ce patrimoine est cette reconnaissance comme «Chef-d'œuvre de la Communauté française».

En proclamant pour le première fois ses chefs-d'œuvre du patrimoine immatériel, la Communauté française veut rappeler que la Culture n'est pas seulement ce qui s'affiche, ce qui est à l'affiche, mais aussi ce que font les gens de leur art de la fête, de la manière de la rendre belle.

Cette reconnaissance est d'abord honorifique, mais elle ouvre aussi la possibilité pour ces manifestations d'obtenir des subsides d'équipement afin que la manifestation puisse se vivre dans les meilleures conditions possibles.

Ce premier recensement est destiné à être élargi. Les quinze premiers chefs-d'œuvre seront rejoints ultérieurement par d'autres manifestations traditionnelles. Le Conseil supérieur examine actuellement l'ensemble du maillage folklorique de notre Communauté afin de proposer à la reconnaissance toutes les expressions qui respectent la tradition, sont vivaces et entrent dans la grille de critère établie par le décret.

Il va de soi bien entendu que les manifestations folkloriques agréées par le passé gardent cette reconnaissance.

Cette cérémonie est aussi pour moi l'occasion de saluer l'action des Conseils grâce auxquels la protection et la valorisation peuvent s'appliquer concrètement sur le terrain.

La cérémonie que nous vivons aujourd'hui doit beaucoup au travail de recherche scientifique très pointu des membres de cette instance d'avis et je tiens à les en remercier.

Mesdames et Messieurs,

Avant d'écouter ensemble les trompettes thébaines montoises et prendre le verre de l'amitié, je tiens à féliciter et à remercier chaleureusement toutes les personnes qui font vivre nos traditions en Communauté française.

Chacune des expressions proclamées aujourd'hui sont des témoins parmi les plus poignants de notre identité, mais d'une identité non négatrice de l'autre, ouverte vers d'autres horizons, qui peut dépasser les frontières et faire de chacun d'entre nous un citoyen du monde.

Je remercie les acteurs et organisateurs, ceux présents aujourd'hui mais aussi ceux qui avant vous, depuis des générations, ont permis la perpétuation de la fête et ceux qui, à l'avenir, vont poursuivre son évolution créative.

La reconnaissance de la Madeleine est matérialisée sous la forme d'un parchemin qui fut remis à l'échevin Gérard Monseux (remplaçant le bourgmestre) et dont le texte dit: «En raison de sa fondation sur la tradition, de sa reconnaissance par la communauté dont elle est issue comme répondant aux attentes de cette dernière en tant qu'expression de son identité culturelle et sociale, du sentiment de continuité qu'elle procure aux individus et aux groupes qui la pratiquent, de sa re-création constante par la communauté dont elle est issue en fonction du milieu et de l'histoire de celle-ci, du mode de transmission des normes et de ses valeurs, de ses qualités esthétiques et de sa conformité aux principes des droits de l'homme, le Tour de la Madeleine a été proclamé chef-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Communauté française.» Ce document sera ultérieurement exposé dans l'ancienne salle du Conseil à la Maison communale de Jumet.

La reconnaissance de la Madeleine comme chef d'œuvre du patrimoine immatériel de la Communauté française revêt à nos yeux une importance exceptionnelle. Tout d'abord, elle démontre l'attachement que porte toute une communauté à son folklore et à ses traditions, qui sont enfin reconnus comme un élément important de la vie sociale. Il n'en a pas toujours été ainsi, et le temps n'est pas si loin où les défenseurs des traditions populaires étaient considérés comme des passéistes ringards. Ensuite, elle renforce son attractivité en lui donnant la caution d'une autorité indiscutable. Accompagnée d'autres mesures telles la signalisation du tour, ou encore la création d'un Centre d'évocation qui la mettra en valeur, notre Madeleine sera mieux reconnue, et bénéficiera d'une promotion en Wallonie comme à l'étranger. C'est également un premier pas en vue de la reconnaissance, par l'UNESCO, de l'ensemble des marches «de l'Entre-Sambre-et-Meuse».

Mais en fin de compte, c'est toujours aux acteurs même qu'incombe la tâche la plus importante, celle de faire vivre, d'embellir et de transmettre notre tradition. Il revient donc à chaque Mad'lèneûs , qu'il soit responsable d'une société, marcheur, ou encore spectateur ou simple amateur de folklore, d'entretenir au mieux la flamme sacrée!

Et n'oublions jamais que la Madeleine, désormais classée comme chef d'œuvre du patrimoine immatériel majeur de Wallonie, n'est surtout pas un défilé, ni une reconstitution historique: c'est l'expression vivante et festive de toute une communauté locale. Car c'est le cœur de Jumet et de la Wallonie qui bat en elle!

Pierre Arcq

 

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18 mai, 2004