Brigade française d'Indochine S.R.

Brigade française d'Indochine

 

Les Indochinois font partie de ces sociétés dont l’uniforme est un condensé de plusieurs décennies d’histoire. La tenue portée rassemble ainsi des éléments anciens et modernes et les «entorses» à la vérité historique sont parfaitement justifiées tant par l’histoire de la société que par le confort des marcheurs. Il ne faut pas chercher ailleurs les racines de la tenue hybride de la Brigade française d’Indochine dont les éléments vont se modifier, en tout ou en partie, tout au long de son histoire.

La présence française en Indochine a sans doute inspiré la formation de la première société, appelée «Les Indochinois». Elle est formée, après le Tour de 1913, par Jean-Baptiste Goisse, tenancier du Café colombophile au Spinoy (aujourd’hui rue Paul Pastur, n° 36). Mais de 1919 à 1925, les Indochinois ne figurent plus à l’ordre de marche. On ne possède aucun détail sur le premier uniforme, sinon qu’il est certain qu’il n’était pas kaki comme le sera le suivant. En effet, cette couleur ne fut introduite dans les armées que dans le courant de la guerre 14-18.

La Brigade française d'Indochine dans les années cinquante

En 1925, une scission au sein des Tirailleurs sénégalais amène la création de la seconde société. Les fondateurs ont d’abord l’intention de reformer les Chasseurs d’Afrique (qui marchèrent en 1920) mais un litige avec le patron d’écurie fait avorter le projet. Le choix se porte dès lors sur les Tirailleurs indochinois.

Parmi les fondateurs, figurent Gustave Lechien et Arius Wéry, verriers demeurant à Heigne. Le premier assure les fonctions de président, tandis que le second, déjà fondateur des Tirailleurs sénégalais en 1920, sera commandant. La présidence d’honneur sera assurée, comme pour les Tirailleurs sénégalais, par le docteur Jules Badot. Le local sera d’abord à la rue des Aiselies, puis transféré vers la place Harpigny.

C’est alors qu’est adoptée la couleur kaki, toujours portée à l’heure actuelle. L’uniforme se compose d’une chéchia rouge, d’une veste «arabe» et d’un pantalon kaki, ce dernier étant serré sous les genoux dans des bandes molletières. Autour de la taille, à l’instar des autres unités de tirailleurs, ils portent une large ceinture bleue. Les officiers ceignent une épée et la troupe un fusil.

Forte d’une vingtaine de marcheurs et d’une quinzaine de musiciens, la société marche ainsi de 1926 à 1931 avant d’être à nouveau dissoute.

En 1945, Gustave Lechien et Vital Vroonhove (qui avait, lui aussi, marché avant-guerre avec les Indochinois) décident de rebâtir une nouvelle fois la société. Celle-ci reprendra les chemins du Tour dès 1946, mais sous un nouveau nom: la Brigade française d’Indochine. Le comité se compose de Gustave Lechien (président), Vital Vroonhove (vice-président), Gustave Lambert (secrétaire et commandant), Armand Pouillard (trésorier), Franz Vroonhove (secrétaire-adj oint), Albert Van Istendael (trésorier-adjoint), André Laurent (officier porte-drapeau) et Oscar Dury (officier médecin).

La société s’installe à Jumet-Gohyssart, au café «Les Caves de Saison», situé au carrefour des rues Puissant et de Dampremy. Gustave Lechien doit toutefois abandonner sa fonction, dès le début de 1946, pour raisons de santé, laissant la place à Vital Vroonhove. Armand Pouillard devient alors vice-président et Marcel Pouillard, trésorier. À noter que Franz Vroonhove marchera dans les rangs de l’État-Major en 1948 et 1949.

L’uniforme, copié sur celui de la Société d’avant-guerre, conservera les couleurs d’origine, mais subira plusieurs modifications. Pour rapprocher soldats et officiers, la chéchia rouge de la troupe sera supprimée au profit du képi de couleur kaki à fond rouge et couvre-nuque, tandis que tous les marcheurs porteront le sabre. D’autre part, pour des raisons de commodité, les bandes molletières céderont la place à des guêtres blanches. Le képi est orné d’une grenade rappelant la présence de la Légion étrangère française dans ces contrées; la guerre d’Indochine bat alors son plein.

C’est vers cette époque que le chef de musique Edouard Pouillard compose Résurrection, marche de la Brigade française d’Indochine. Cet air est aujourd’hui tombé en désuétude.

Vital Vroonhove et Gustave Lambert dirigeront ainsi la Brigade française d’Indochine pendant un quart de siècle. En 1972, un nouveau comité est appelé à la tête de la société: Lucien Pouillard et Marcel Lucas, membres eux aussi depuis 1946, sont élus président et vice-président tandis qu’Évariste Remy accède au titre de commandant. Ce comité est toujours en fonction dans les années nonante.

L’année 1981 restera douloureusement gravée dans les mémoires des Indochinois. Le 21 juillet, mardi de Madeleine, Jean-Claude Boitel, trésorier, est victime d’un accident de roulage. Depuis, chaque année, à l’anniversaire de son décès, la société se rend sur sa tombe à Châtelineau.

Le 3 septembre de la même année, la société reçoit le titre de Société royale. Et le 29 mai suivant, lors des cérémonies commémoratives, les Indochinois inaugurent leur nouveau drapeau: aux couleurs françaises, il porte l’inscription: «Brigade française d’Indochine – Société Royale – fondée en 1913».

Vital Vroonhove écrivait en 1949: «Aucune histoire de chacun, aucune valeur à mettre en avant, car tous, nous oeuvrons pour le bien-être de notre groupe, et nous sommes fiers de chacun de nous.» Ce sont des paroles que tout mad’lèneû devrait avoir en tête.


© Amis de la Madeleine 1993, 2003

 

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